Je demande assistance
Depuis hier, un "pavillon" de Renéfrance nous adresse son signal de détresse depuis le mur du salon.
Le message est le titre de l'œuvre : "je demande assistance" , reconnaissable avec son X rouge, c'est aussi la lettre M dans le code international des pavillons de marine.
Même pour les non-initiés, l'appel est reçu cinq-sur-cinq : le ton est péremptoire, à la 1ère personne : il y a urgence! En peinture comme sur l'océan, les drames sont muets et la communication doit être efficace même à distance.
Les couleurs retenues pour le fanion (rouge, bleu turquoise, blanc, noir, et ocre) sont contrastées et appliquées pures, sans mélange, avec une brutalité qui a froissé la toile rêche.
Le cadre, fragile, délicieusement bricolé, semble retenir avec difficulté la "voile" libre, suspendue à une "vergue"  et prête à se gonfler par la houle.
S'il n'y a pas de perspective, il y a de la profondeur malgré tout, des plans qui se dérobent : la toile qui s'exhibe derrière son "string" rouge, les touches de peinture opaque qui se chevauchent, et puis, comme si le tissus avait rétréci (trempé dans l'eau de mer ?) un autre plan qui s'inscrit dans le cadre, celui du mur (ici, il est vert!...)
Pas de figuration précise non plus, mais trois formes étranges, identiques, obsessionnelles, trois profils anguleux : les "forcolas" des gondoles de Venise. C'est Renéfrance qui le dit ...
L'objet anecdotique, comme surgi d'une carte postale, mais répété trois fois comme une incantation, semble investit d'un message pathétique que la vrai/fausse détresse du titre de l'œuvre annonçait déjà.
Ne dirait-on pas une théorie de figures hiératiques surgies d'ailleurs : de la Crête? seraient-ce les 3 Parques? de l'Ile de Pâques avec ses sentinelles géantes? de l'Egypte alors ? des âmes en dérive sur la barque des M-orts? d'où le fameux M du pavillon?
Attention, Renéfrance, la facétieuse est peut-être en train de nous intoxiquer : un vieux chiffon de peintre qui trahit son âge et son usage, transfiguré par un traitement cosmétique, et nous voilà à pérorer comme devant une relique embaumée.
Elle se fiche bien du temps qui passe et de ses vieux fantômes. Elle est déjà loin, sur d'autres vagues.
Le message qui nous est adressé pourrait bien être finalement "restez où vous êtes"...